Crisis ex Nihilo - Nature Morte, Installation, 2009
Bande sonore créé par Martin Gras

L´installation met en évidence la divergence d´opinions. A Terre, des poubelles anthropomorphes dont l´humanité se manifeste davantage dans l´ombre. Et des yeux regardent ça et là, fixement, sans voir à mal. L´environnement est artifice jusque dans sa sonorité. La Nature s´y est virtuellement invitée ou bien la machine l´aurait définitivement fait taire.

Toujours dans un registre médical, comme si l´économie n´avait finalement pas d´autre état que celui d´un corps malade, on a déclaré la CRISE. Si l´annonce fut aussi soudaine qu´une déclaration de guerre, on s´est également juré qu´elle serait la der des ders puisque de celle-là, on n´en reviendra pas. Faut dire qu´on n´a pas fait mal qu´à soi-même.

On a mortellement blessé la Nature. Symptôme de l´Apocalypse.

Paranoïa ? Dystopie ? Les yeux cherchent vainement à distinguer le véritable visage de la CRISE. Seulement, voilà bien le personnage ubique, divin d´un scénario écrit en temps réel.
Les spectateurs du monde y tiennent le second rôle. Et la CRISE se balade sur la banquise, chassant l´ours blanc. Elle se parachute dans les banques et les hôpitaux. On la relance et l´idéalise avec de nouvelles bagnoles. La CRISE est ici et là, spectaculaire, écologique, économique, médicale et sociale.

Etant donné que l´artiste est un égocentrique définitivement cacochyme, régulièrement affamé, il apparaît peut-être dans la conjoncture actuelle, le plus fiable malade en mesure de s´observer le nombril et les maux avec quelques lucidités entre les boyaux. Il ne raterait pas une occasion de réduire l´état du monde à celui de l´homme et la crise à cette maladie incurable dont on cache soigneusement les plaies en fermant tout bonnement les yeux.

L´exposition CRISIS EX NIHILO tente de réduire la CRISE à sa dimension humaine. Réduire et non pas accroître car après tout, la taille moyenne d´un homme n´atteint pas 1,80m. L´opportunité de revisiter une approche macrocosmique où le petit homme évolue dans une nature urbaine, faussement merveilleuse pour y dormir, y mourir ou y tuer.
Terroriste, terrorisé, l´homme est en CRISE. Il ne voit rien. Pas même lui. Il ne se reconnaît ni dans l´idéologie du travail, ni dans la culture de masse, ni dans la torpeur. Et pourtant… pourtant pas moyen d´établir une CRITIQUE constructive. La CRISE est moderne. Elle se commente allégrement, pour dire, se pèse en litres de pétrole et émission de Co2, pour justifier. Elle est méthodique et prend gain de cause puisqu´à causer, on croit ne plus rien porter de beau. Toujours dans un souci de jouer avec les correspondances, le Collectif AIM soustrait chiffres, quantités et gros mots à la condition humaine moderne afin d´interroger les paradigmes. Qu´entend-on par CRISE ? Par Nature ? Que voit-on ? Images, mots, sons, voix déchirés des catalogues, déshérités des vertus documentaires, tentent ici de renaître en samples, en symboles, en poésie visuelle, fictions et performances pour qu´enfin la mémoire donne à voir ce qu´elle retient de la CRISE. Le collectif renoue avec le fameux retour aux origines. Il expérimente à partir de rien ou presque. Des médiums malmenés, des techniques, des clichés détournés. Et des questions sans réponse, des questions immorales vulgarisées en de longs murmures. Pourquoi le travail ? Pourquoi grandir ? L´homme machine est-il au chômage ? L´homme moderne est-il un Romantique ou un Dormeur? Comment va-t-il ? Où va-t-il ? Une Nuit Blanche et davantage pour y réfléchir à la Petite Rockette avec le COLLECTIF AIM et ses invités.

Laetitia Laguzet